Tout le monde se souvient sans doute de cette expression de Patrick Le Lay : "temps de cerveau disponible". Cette formule avait pas mal fait réagir, à l'époque, tant il contenait de cynisme et de mépris à l'égard des téléspectateurs. Mais justement, que faisons-nous aujourd'hui de notre temps de cerveau disponible ? Chaque fois que je prends les transports en commun, je suis frappé par tous ces regards baissés, hypnotisés par l'écran de leur smartphone. Un type pourrait se promener à poil ou armé jusqu'aux dents que personne ne s'en apercevrait, chacun étant trop occupé à regarder le dernier épisode de Game of thrones sur son petit écran, ou à faire défiler ce mur sans fin qu'est Facebook. Quand je vois la façon dont les écrans nous accaparent, j'en viens à me poser cette question : avons-nous même seulement encore du temps de cerveau disponible ? Avons-nous encore le temps de penser ? De prendre du recul, d'être critique et raisonné ? C'est-à-dire, d'être critique mais sans être systématiquement dans la réaction à chaud et de masse, quitte à réagir sans comprendre les tenants et aboutissants d'un événement ? 

Evidemment, le seul fait de poser la question suggère l'existence d'un problème. La réponse est donc incluse dans la question : non. Les écrans, par leur omniprésence et leur capacité à nous divertir sans cesse, font qu'aujourd'hui, nous n'avons plus une seconde de temps disponible. Et c'est peut-être ce qui explique pourquoi nous allons bientôt fêter l'anniversaire de l'élection de Trump le 8 novembre dernier.